Bandipur aura été pour nous un petit clin
d’œil surprise du Guatemala… Ici, pas de gros guesthouses, et tout au plus deux « vrais » hôtels, davantage destinés aux riches touristes en voyage de type « package » qu’à deux backpackers paumés dans notre genre! Ainsi, on s’est retrouvés dans une petite maison, tenue par une dame d’une cinquantaine d’année. Pas de mari ou d’enfants à l’horizon, mais son anglais assez rudimentaire (et je suis généreuse!) nous aura fait comprendre qu’elle était en charge de la maison pour quelques jours. Elle nous a loué une de ses deux chambres aménagées pour accueillir des touristes, petit « sideline » qui lui permet sûrement d’arrondir ses fins de mois, comme on dit par chez nous. La dame tient un petit magasin général au premier étage de la maison, et nous a installés dans la chambre juste au-dessus, avec un petit balcon donnant sur la place principale du village. Clin d’œil du Guatemala, car les installations sont assez « de base ». Une porte de chambre qui se ferme avec un cadenas à numéro, un plafond recouvert de pièces de bois en patchwork et, par endroits, d’un drap tendu par des clous, des murs en carton (bon, d’accord, c’est du bois, mais c’est pour que vous visualisiez l’épaisseur!), une toilette dans un petit cabinet à l’extérieur de la maison, une petite cuisinette avec poêle à gaz de type Coleman (vous savez, de ceux qu’on utilise en camping…), un escalier pour se rendre au deuxième qui semble s’y méprendre avec les « escabots » des années 20, des lampes à l’huile, des casseroles, des vêtements, de la vaisselle, des souliers qui traînent un peu partout, une électricité aléatoire, qui rend obligatoire l’éclairage à la chandelle une à deux fois par soir… Et pourtant, je passerais volontiers plusieurs autres jours ici. On sent, malgré la « rusticité » des lieux, la chaleur d’un foyer, et les petits sourires de la propriétaire lorsque l’on entre chez elle, ainsi que les quelques paroles qu’elle tente de nous adresser ici et là, sont empreints d’une gentillesse timide. Cette dame, on a même pris l’habitude de l’appeler en blague « notre mère », comme on le faisait avec les familles qui nous hébergeaient lors de notre voyage au Guatemala.
Bandipur est un petit village très tranquille, avec encore 90% des maisons qui sont de style traditionnel Newar, sans voitures, ni motos, ni tracteurs, ni magasins de bidules pour les touristes, vendus à 100 fois leur valeur réelle… Je me suis trompée en disant de Bhaktapur qu’on s’y sentait au Moyen-Âge… c’est ici l’époque médiévale! Se faire réveiller au petit matin par des chants de coq et par les cloches d’un temple juste sous notre balcon, ou encore par les chants de « notre mère » ou les rires des enfants qui se rendent à l’école a quelque chose d’étrangement… réconfortant?
Ici, tout le monde semble se connaître, et les habitants ont une gentillesse toute simple et sans arrière-pensée à l’égard des touristes. Hier, trois petites filles qui accourent vers moi, pour me tendre de petites fleurs qu’elles venaient de cueillir. Aujourd’hui, un petit bonhomme d’environ 2 ans qui s’approche d’Alex et qui, en suivant les encouragements de son père, le force à sortir sa main de sa poche pour lui « serrer la pince », comme un vrai homme.

Et pour ajouter à l’atmosphère de la ville, une vue incroyable sur l’Himalaya. Un panorama à couper le souffle, qu’on a pu admirer à notre guise lors de notre petit hicking d’aujourd’hui. Oui, oui, hicking… On est devenus de vrais athlètes, deux marches en montagne en trois jours! Et aujourd’hui, la barre était un peu plus haute qu’il y a trois jours : pour rejoindre les Siddha Caves (« Grottes de Siddha »), il fallait descendre de quelques centaines de mètres, au nord du village, par un petit sentier abrupt fait principalement… d’escaliers! La descente nous aura pris 1h30 (il faut dire qu’on s’est arrêtés à plusieurs reprises, en croyant qu’on s’était perdus…). Et qui dit descente dit remontée… Alors on vous laisse imaginer nos courbatures de demain matin!

Qu’à cela ne tienne, la marche en valait vraiment la peine! Et pas seulement pour les vues incroyables sur au moins 6 des plus hauts sommets du monde… Moi qui étais au début réticente à l’idée d’aller me promener dans un cratère de pierre infesté de chauve-souris, j’ai été vraiment renversée! Les grottes de Siddha sont, selon les dires de plusieurs, les plus grosses grottes du Népal : au plus haut point, le toit de la grotte se trouvait à 50m au-dessus de nos têtes! La visite aura duré une bonne heure, et nous étions bien heureux de pouvoir compter sur les indications de notre jeune guide. C’était presque gênant de la voir grimper sur les parois rocheuses (ça aurait aussi bien pu être de la glace!) en gougounes de caoutchouc, alors que moi, avec mes gros Merrell, j’ai failli me casser le cou à 5 reprises… Mais bon, que voulez-vous, ce doit être un peu comme la jeune fille qu’on a croisé sur le chemin du retour, et qui escaladait les centaines d’escaliers avec une cargaison de bois d’une cinquantaine de livres sur le dos, sans aucun signe de fatigue ou même gouttes de sueur sur le front, alors que nous étions presque au bord de l’évanouissement lorsque nous avons atteint le village à la fin de la journée…