Nous sommes au Myanmar depuis un peu plus de 5 heures maintenant et déjà, nous avons le sentiment que tout ce que nous avons entendu sur ce pays est vrai. En mettant le pied dans notre petite chambre d’hôtel, la toute dernière en ville semble-t-il, nous nous sommes regardés dans les yeux et avons tout deux admis ne rien avoir compris à la soirée que nous venions de passer… Le temps d’un regard, nous sommes retournés trois ans en arrière, lors de notre première visite à Delhi, après cette fameuse marche de 20 minutes dans Paharganj, qui nous avait à tout jamais marqués, comme une véritable gifle au visage.
Mais, cette fois-ci, pas de gifle. Pas de peur, ni de craintes. Seulement un réel ébranlement, une incompréhension totale de ce que nous venions de vivre, qui était l’opposé de tout ce que nous avions connu jusqu’ici : un chauffeur de taxi qui, sans nous demandé un sou de plus que le montant réclamé au départ pour la course, nous a pris en charge durant près de 2 heures pour nous amener au bureau de change (ou du moins la version birmane d’un bureau de change), nous a expliqué comment procéder pour nous rendre à Mandalay le lendemain, nous a conduit au bureau de réservation des billets de bus, et nous a ensuite amener à l’hôtel de notre choix. À chacun des arrêts, il nous a suivis afin de nous servir d’interprète auprès des gens à qui nous avions affaire.
Le plus malheureux dans tout ça, c’est que nous nous rendons compte que l’Inde nous a changé à jamais, ou du moins que ça nous prendra beaucoup de temps et de rencontres de ce genre pour être un jour moins méfiants à l’égards des gens aidants. Des gens qui sont tellement bons, gentils et sympathiques que nous ne pouvons faire autrement que d’être sur nos gardes, et de tenter de comprendre le piège sous-jacent, l’arnaque qui nous sautera bientôt aux yeux. Ainsi, durant toute cette longue course en taxi, nous étions un peu abasourdis, et hésitants devant tant de gentillesse. Jusqu’au dernier moment, nous avons cherché l’arnaque. Et pourtant. À notre arrivée à l’hôtel, nous nous sommes trouvés ridicules : ce monsieur n’était pas un arnaqueur, et ne cherchait pas à faire de l’argent sur notre dos. Il était seulement gentil et aimable, et souhaitait venir en aide à de nouveaux arrivants dans son pays.
Nous nous sommes trouvés ridicules, mais ô combien chanceux. Chanceux d’avoir à la dernière minute ajouter à notre itinéraire un pays où des chauffeurs de taxi viennent gratuitement en aide à des touristes. Chanceux de finalement mettre les pieds dans un pays qui a été épargné des ravages du tourisme de masse. Chanceux d’avoir un mois complet devant nous pour le découvrir. Chanceux de vivre un choc culturel si différent de ceux que nous avions connus, un choc aussi troublant qu’agréable, aussi perturbant qu’émouvant.