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20 au 22 mars - Trekking de Namshan à Hsipaw

 

Nous sommes maintenant de retour à Hsipaw, après un beau (mais éprouvant) trekking. Le fait que je n’aie pas écrit ces derniers jours en dit long sur notre état à la fin des longueurs heures de marche : complètement vidés! Un petit retour en arrière s’impose donc… 

20 mars – Trek J1

Nous quittons Namshan à 8h, après avoir ingurgité un bon petit-déj : une Mohinca, soupe aux nouilles traditionnelle birmane. Notre guide Momo vient nous rejoindre, comme nous l’avions convenu hier lors de notre souper chez lui. Il fait beau, le soleil éclaire le village et nous sommes prêts à entamer les prochains jours! Lors de notre première discussion avec notre guide, celui-ci nous avait donné le choix entre la « common way » (chemin emprunté par la très grand majorité des touristes en trek dans cette région) ou la « more interesting but more difficult way » (un chemin connu seulement par notre guide, et donc bien moins souvent emprunté). Devinez ce que les ex-sportifs remplis d’orgueil et en quête d’authenticité ont choisi?

 

19-22mars 111 Trekking de Namshan à Hsipaw
 
19-22mars 112 Trekking de Namshan à Hsipaw - Dave, Véro, Alex et Momo

Ce matin, nous entamons donc les premiers des 70 kilomètres que nous aurons à parcourir dans les 72 prochaines heures. Le rythme est bon, ça fait du bien de bouger! Le rythme cardiaque augmente, les muscles se tendent, les gouttes de sueurs perlent. On arrive rapidement au premier village, qui annonce déjà ce à quoi ressembleront tous les autres à venir : sur notre passage, les visages des villageois apparaissent aux fenêtres, intrigués et amusés. Pour la plupart, leurs premières « peaux blanches » ne remontent qu’à quelques années à peine, et encore aujourd’hui, ils en voient si peu souvent qu’ils sont toujours aussi surpris lorsque des trekkeurs débarquent chez eux. Partout, de larges sourires et des yeux qui pétillent. Les enfants arrivent en masse, courant leurs uns derrière les autres, nous inondant de « HELLO » et de « tatas » énergiques comme nous en avons rarement vus.

 

19-22mars 121 Trekking de Namshan à Hsipaw
 
19-22mars 091 Trekking de Namshan à Hsipaw
 
19-22mars 182 Trekking de Namshan à Hsipaw - Pause thé au monastère

Au cours de cette journée, nous croiserons cinq villages. Au premier, on nous tend des avocats (« TOBADI ») fraîchement cueillis. Au deuxième, on nous invite à rester pour dîner. Dans les trois suivants, le thé coule de plus belle, prolongeant à chaque fois nos petites pauses. Même les petits moines d'un monastère nous offrent à boire. Cette journée qui aurait donc pu se faire en 3h en prend donc plutôt près de 9 : un tiers de marche, pour 2/3 de pauses dans les villages pour boire, manger, saluer, sourire et pratiquer les rudiments de palang (langue parlée par les tribus en montagnes de cette région) enseignés par Momo.

 

19-22mars 195 Thé qui sèche devant la maison

 

19-22mars 097 Trekking de Namshan à Hsipaw - Petite pause pour dîner chez des villageois
 
19-22mars 126 Trekking de Namshan à Hsipaw - Pause pour boire le thé dans un village
 
 

Nous arrivons donc vers 17h au village où habite la famille qui nous hébergera cette nuit. On nous sert un repas cuisiné sur un feu de bois : riz et légumes verts (chou, feuilles de moutardes et haricots – seuls légumes disponibles en saison sèches), le tout arrosé de thé vert fraîchement cueilli et infusé, dont les plantations abondent dans la région. Le tout est servi dans des bols communs, posés sur une table basse, pour que l’on se serve à notre guise. Nous mangeons assis sur de petits bancs de quelques centimètres de haut à peine, dans la cuisine à même la terre battue. Les hommes mangent avec nous, pendant que les femmes continuent de s’agiter autour. Leur journée tire à sa fin, dans quelques heures elles dormiront. Idem pour nous, qui mourrons de sommeil.

 

19-22mars 186 Premier dodo chez des villageois
 
19-22mars 197 Maison de la première famille qui nous a hébergés

À peine une heure après la fin du repas, nous montons au 2e, où nous dormirons. Dans une énorme pièce commune ont été installées quatre paillasses d’invités. Les couvertures que l’on nous tend sont plus épaisses que ce sur quoi nous dormirons, mais pas question de s’allonger dessus et d’utiliser nos propres sleeping bags pour nous recouvrir : ici, cela serait considéré comme impoli. Nous nous couchons donc à (presque) même le sol, tout juste sous le petit temple familial illuminé d’une ampoule rouge. Cette lumière bouddhiste nous servira de veilleuse pour la nuit. À côté de nous, dans une minuscule pièce cinq fois plus petite que celle où l’on nous a installés, s’entassent tous les membres de la famille. Ils sont 8 là-dedans, tous allongés sur des paillasses, exactement comme nous, à l’exception qu’eux, ils dorment sur ces lits de fortune  depuis toujours – et pour toujours.

 

19-22mars 192 Premier dodo chez des villageois
 
19-22mars 191 Premier dodo chez des villageois

Le plus drôle – et le plus beau – dans tout ça, c’est que cela ne semble absolument pas les affecter. On est loin de la fatalité, de la tragédie. Pour des gens qui n’ont jamais connu – ou probablement même imaginé – nos standards et priorités d’occidentaux, en quoi un matelas est-il nécessaire lorsque l’on dispose d’une paillasse, ou encore pourquoi dépenser de l’argent pour un steak alors que du riz blanc rassasie tout autant? Ici, on pense à la survie d’abord et avant tout, et même si on ne refuserait pas un peu plus d’argent et un peu plus de facilité en général dans la vie, cela ne se fait pas ressentir comme un manque. L’idée qu’on se fait du « confort » n’a rien à voir avec le confort avec un grand C que l’on valorise tant chez nous : lampe d’appoint à lumière hallogène, matelas king size à ressorts ensachés, écran LCD 52’’, rideaux de lin infroissables et intachables, qui "fit" avec le tapis tissé à la main, qui "fit" avec le divan en cuir, qui "fit" avec les coussins ultra-moelleux, qui "fit" avec la peinture fini PREMIUM…

Je ne prétends pas qu’un simple petit séjour en montagnes birmanes ait changé ces idées si profondément ancrées aussi bien dans ma cervelle que dans celle de tous les occidentaux de ce monde. À mon retour chez moi, je serai malgré mes propos et mes critiques bien contente de retrouver mon lit douillet et ma douche chaude. Seulement, c’est beau de voir que certains s’en passent sans même que ça les préoccupe, sans même que ça les attriste, les consterne…  sans même que ça leur manque. C’est beau de voir que malgré leur sol en terre battue, leurs paillasses et leurs trois repas de riz par jour, leurs sourires sont les plus grands et les plus vrais qu’on ait vus.

 

 

21 mars – Trek J2

 

19-22mars 204 On cueille des framboises jaunes!

Nous marchons depuis déjà 2h sans pause, et Momo semble nous dire que nous allons trop lentement. Aujourd’hui, c’est la plus longue journée du trek : 32km à parcourir, incluant trois montagnes à monter et à redescendre. Au milieu de l’après-midi, nous sommes déjà épuisés : les montées nous ont fatigués et les descentes ont recouvert nos pieds d’ampoules, en plus de faire réapparaître de vieilles blessures de guerre – mes genoux et mes chevilles me font souffrir. Et pourtant! À 15h, nous sommes à peine à mi-chemin. Nous commençons à en vouloir un peu à Momo de ne pas nous avoir spécifié que cette fameuse « journée de 10h » n’incluait aucune pause. Un vague découragement perce, le temps de sélectionner la bonne musique sur le Ipod : il ne faut pas lâcher! À 18h30, nous voyons les premières étoiles dans le ciel, mais toujours pas de village à l’horizon. Nous ne sentons plus nos pieds, et nous pourrions littéralement dormir dans la forêt tellement nous sommes épuisés. Finalement, à 19h15, nous apercevons des lumières au loin. Quinze minutes plus tard, nous sommes arrivés. Vite, de l’eau : nos réserves étaient épuisées depuis un peu plus d’une heure, et la déshydratation commence à se faire aussi importante que la fatigue...

 

Arrivés chez nos hôtes, on nous sert de grands bols de riz avec les mêmes légumes que la veille. Encore une fois, nous dormirons sur des paillasses cette nuit – mais, au point où nous en sommes cela nous est bien égal. De même, le fait de ne pas pouvoir prendre de douche pour la deuxième soirée consécutive nous préoccupe peu : il est trop tard pour aller à la fontaine du village ou à la rivière, comme le font les villageois, et nous nous contentons donc d’un rapide lavage de pieds et de visage, avant de nous écrouler sur nos paillasses.

 

19-22mars 193 Premier dodo chez des villageois  - déjeuner
 
19-22mars 194 Premier dodo chez des villageois  - déjeuner

 

22 mars – Trek J3

 

Comme ma mère dirait : « J’ai l’impression qu’un 10 roues m’a passé su’l corps! ». Au réveil, nous nous sentons littéralement paralysés : le simple fait de se redresser sur nos paillasses relève du défi.  Tous les muscles de mon corps me font mal, et j’ai l’impression d’avoir 85 ans tant mes articulations sont douloureuses. Alex, lui, a les deux pieds couverts d’ampoules monstrueuses. Ça nous apprendra à faire les malins, et à partir en trek avec de petits souliers sans semelle, à peine bons pour une petite marche de santé… Malgré tout, il faut y aller : encore 5h de marche nous séparent de Hsipaw. Les premières minutes sont pénibles, nous avons presque les larmes aux yeux à simplement mettre un pied devant l’autre. Sans trop savoir comment, on réussit tout de même à avancer. On traverse quelques villages, et les enfants qu’on y croise nous font retrouver le sourire. Vers midi, on arrête au bord d’une rivière : il fait chaud maintenant que nous sommes à une plus basse altitude, le soleil tape et on dégoûte de sueur. On profite donc de l’eau pour se rafraîchir, et retirer nos souliers pendants quelques minutes. L’horreur : nos pieds sont réduits en bouillie. Difficile à croire mais vrai, les ampoules ont trouvé le moyen de devenir PLUS grosses et à plusieurs endroits, la peau est à vif. Il faut tout de même remettre nos souliers et avancer…

 

19-22mars 222 Trekking de Namshan à Hsipaw
 
19-22mars 143 Trekking de Namshan à Hsipaw
 
19-22mars 162 Trekking de Namshan à Hsipaw

À 13h, on aperçoit Hsipaw à l’horizon… enfin! Malheureusement, lors de la dernière descente, Alex grimace : son genou droit ne peut plus plier. À force de marcher sur le côté de son pied pour diminuer la pression sur ses ampoules, ce sont les ligaments de son genou qui ont eu la vie difficile… Momo arrête un homme en scooter, été Alex embarque derrière lui : rendez-vous dans 1h à la guesthouse. Momo, Dave et moi continuons de marcher. À 14h20, enfin, la guesthouse, une chaise et deux grosses bouteilles d’eau bien froides. Alleluia!

 

19-22mars 247 Ampoules post-trek
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